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Le modèle libéral britannique : emploi et chômage

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En apparence, le chômage est moins élevé en Grande Bretagne, où le libéralisme est à l'oeuvre depuis dix-sept ans (y compris la variante "travailliste"), qu'en France, et le taux du chômage a diminué. Mais qu'en est-il en réalité et à quel prix ?

Evolution entre janvier 1993 et mai 1996
Date
Nombre de chômeurs
Taux
janvier 1993
2 937 000
10,4 %
mai 1996
2 167 000
7,7 %

Cependant, la façon de compter les chômeurs en Grande Bretagne est très différente de celle utilisée en France et certaines études britanniques dénombrent deux à trois fois plus de chômeurs que les chiffres officiels. Il faut savoir au moins deux choses sur la méthode britannique:
  • Seuls sont comptabilisés les chômeurs indemnisés (cela semble avoir changé depuis). Avec la même méthode, le nombre des chômeurs en France en mai 1996 aurait été de 2 699 400 (indemnisés Assedic) au lieu de 3 042 800 (catégorie 1 Anpe) ou 3 159 000 au sens du BIT, soit un taux de 10,6% au lieu de 11,9% ou 12,4% selon la méthode (en supposant une proportion de chômeurs indemnisés, par rapport aux chômeurs au sens du BIT, aussi élevée en Grande Bretagne qu'en France, ce qui n'est pas évident).
  • Une femme sans emploi n'entre pas dans les statistiques du chômage si son conjoint a un emploi, car elle n'a pas droit aux prestations sociales. Avec la même méthode combinée à la précédente, le nombre de chômeurs en France ne serait plus que de 1 810 400 environ, soit un taux de 7,1% (Calcul basé sur l'enquête emploi de mars 1994: 890 600 femmes au chômage dont le conjoint a un emploi sur 3 164 700 chômeurs BIT).

Une explication de la faible importance apparente du chômage britannique réside pour beaucoup dans le fait que, malgré l'augmentation de la population en âge de travailler, la population active diminue du fait:
  • du refus de comptabiliser comme chômeur (population active) un grand nombre de femmes en situation de chômage,
  • du retrait du marché de personnes découragées par l'excès de précarité des emplois et surtout l'extrême faiblesse de certains salaires (parfois le tiers du Smic français),
  • de l'explosion du nombre de bénéficiaires des prestations d'invalidité permanente : 2 500 000 en 1995, (c'est la méthode hollandaise).

  • Entre 1993 et 1995, 41 % de la baisse du chômage est due à une diminution de la population active (287 000 personnes sur 700 000).

En 1995:
  • 300 000 personnes percevaient un salaire horaire inférieur à 1,5 livres, soit environ 13,50 F (36 % du Smic horaire français de l'époque),

  • 1 200 000 personnes percevaient un salaire horaire inférieur à 2,5 livres, soit environ 22,50 F (60 % du Smic horaire français de l'époque) et certains représentants du patronat britannique en arrivent à trouver les salaires trop faibles.

  • Population en âge de travailler, active, active occupée, au chômage.

Evolution sur la période 1992-1994 (selon la Commission européenne).
 
France
Grande Bretagne
  Population en âge de travailler
+ 263 000
+ 399 000
  Population active
+ 327 000
- 553 000
  Population active occupée
- 233 000
- 324 000
  Chômeurs
+ 560 000
- 229 000
(France: + 574 700 chômeurs selon INSEE, au sens du BIT.)


En Grande Bretagne, si la population active avait évolué en toute logique avec la population en âge de travailler, le nombre de chômeurs aurait augmenté de:
  • 723 000 si croissance égale entre la population active et la population en âge de travailler
  • 820 000 si croissance de la population active proportionnelle à celle de la France par rapport à la population en âge de travailler
au lieu de diminuer de 229 000

Depuis 1990, la population active diminue de 0,5 à 0,6 % par an (soit 140 000 à 170 000 personnes), malgré la croissance de la population en âge de travailler, y compris en période d'expansion économique, ce qui est une exception dans tous les pays industrialisés.

Le chômage officiel britannique reste cependant très important si l'on considère :
  • l'extrême faiblesse des allocations chômage pour ceux qui peuvent en bénéficier : en 1996, allocation moyenne pour la première année de chômage égale à 19 % du salaire antérieur, ce qui oblige à travailler à n'importe quelles conditions et salaire pour ne pas mourir de faim,
  • l'existence de contrats de travail avec zéro heure garantie par semaine: le "salarié" doit rester disponible et attendre chez lui qu'on l'appelle (il n'est pas chômeur puisqu'il bénéficie d'un "contrat de travail").

De plus, le chômage de longue durée est devenu très important. De 1991 à 1995, le chômage de longue durée (plus d'un an) est passé de 27,1% à 43,2% du chômage total (OCDE). Le chômage britannique n'est pas de courte durée comme le prétendent les tenants du libéralisme.
Par ailleurs, en 1995, près d'un quart de l'emploi total est à temps partiel (et salaire partiel) contre 15 % en France.
  • Niveau de l'emploi.
Entre 1985 et 1995, la création d'emploi a été plus faible en Grande Bretagne que la moyenne de l'Union Européenne, soit en moyenne annuelle:
+ 2,9 % en Grande Bretagne,
+ 3,3 % en France,
+ 4,5 % en Allemagne de l'ouest.
De 1973 à 1994, alors que l'indice du P.I.B. britannique passait de 100 à 143, celui de l'emploi passait de 100 à 103,7 seulement et malgré une forte substitution d'emplois à temps partiel à la place d'emplois à temps plein.
  • Autres informations.
Pas de limite légale (minimum et maximum) à la durée hebdomadaire du travail.
Pas de congés payés annuels obligatoires.
Préavis de licenciement très court.
La période d'essai à l'embauche peut aller jusqu'à vingt quatre mois (possibilité d'un licenciement immédiat).
Forte proportion d'enfants obligés de travailler, parfois très jeunes, et en plus de leur horaire scolaire, pour aider leur famille à survivre.
Sources: Problèmes économiques n° 2502 du 8 janvier 1997, reprenant en particulier une étude de la banque Paribas et une autre de l'IRES (Institut de Recherches Economiques et Sociales).
Centre d'Etude sur l'emploi (CEE), étude n° 23, septembre 1997.
Statistiques de l'INSEE, enquêtes emploi, BMST (Bulletin Mensuel des Statistiques du Travail). ... et d'autres.
  • Population active occupée.
France
Grande Bretagne
Année
population occupée
Indice
population occupée
Indice
1979
21 696 400

100,00

25 078 000

100,00

1983
21 693 800

99,99

23 303 000

92,92

1990
22 396 500

103,23

26 640 000

106,23

1993
22 077 600

101,76

25 043 000

99,86

1994
22 108 700

101,90

25 202 000

100,49

1995
   
25 512 000

101,73



  • Croissance du Produit Intérieur Brut (PIB), période 1980 - 1995.
France
Grande Bretagne
Total période
Moyenne annuelle
Total période
Moyenne annuelle
+ 35,48 %
+ 2,217 %
+ 30,50 %
+ 1,906 %



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